En consultation, ce qui revient n'est presque jamais le nombre d'heures. C'est de ne plus s'endormir devant ses enfants le soir. De reprendre la voiture sur un long trajet sans appréhension. D'arrêter de refuser les invitations parce que la soirée finira trop tard.
L'insomnie chronique rétrécit la vie par petites décisions successives, prises pour protéger la nuit suivante. On ne sort plus, on ne boit plus de café après midi, on décale ses rendez-vous. Chaque décision est raisonnable ; leur somme est une existence organisée autour d'un symptôme.
C'est pour cela que je m'intéresse autant au retentissement de journée qu'à la nuit elle-même. Une nuit à sept heures qui laisse une journée épuisée doit être explorée : elle cache souvent autre chose, une apnée, une dépression, un traitement en cause.
Quand la prise en charge fonctionne, ces décisions se défont dans l'ordre inverse. Les patients ne s'en aperçoivent pas tout de suite ; c'est souvent l'entourage qui le signale en premier.
Le sommeil se juge sur la journée qu'il permet.
Contenu d'information relu par un professionnel de santé. Il ne remplace pas une consultation médicale et ne pose aucun diagnostic. Les médicaments évoqués sont soumis à prescription : la Fédération n'en propose et n'en vend aucun.