Pendant longtemps, l'insomnie a été traitée comme un déficit : il manque du sommeil, on en ajoute avec un médicament. Cette lecture a produit des décennies de prescriptions d'hypnotiques prolongées, avec les problèmes de tolérance et de dépendance que l'on connaît.
Les travaux des vingt dernières années ont déplacé la question. Chez l'insomniaque chronique, on observe une activation persistante : température, fréquence cardiaque, activité corticale, tout indique un système d'éveil qui ne redescend pas au moment où il devrait.
Cette lecture explique une observation clinique constante : ces patients dorment souvent plus qu'ils ne le pensent, mais leur sommeil est fragmenté et vécu comme de l'éveil. Le décalage entre le sommeil mesuré et le sommeil perçu fait partie du trouble.
Elle explique aussi pourquoi les approches comportementales fonctionnent. Elles ne cherchent pas à ajouter du sommeil, elles réduisent l'activation : moins de temps au lit à lutter, des horaires stables, moins d'effort volontaire pour dormir.
Enfin, elle donne sa place au médicament. Une molécule qui abaisse le signal d'éveil a une logique dans ce cadre, en appoint et sur une durée courte. Elle ne remplace pas le travail sur les horaires : elle lui laisse de la place.
Un système d'éveil qui ne se coupe pas se traite autrement qu'un sommeil qui manquerait.
Contenu d'information relu par un professionnel de santé. Il ne remplace pas une consultation médicale et ne pose aucun diagnostic. Les médicaments évoqués sont soumis à prescription : la Fédération n'en propose et n'en vend aucun.